L'effacement automatique du fichier TAJ

L’effacement automatique du fichier TAJ : Tout ce que vous devez savoir

Ah, le fichier TAJ ! Pour certains, il s’agit d’une simple formalité administrative, pour d’autres, c’est une épine dans le pied.

Qu’est-ce que le TAJ? Pourquoi parle-t-on d’effacement automatique du fichier TAJ et comment cela fonctionne-t-il?

Allons-y!

👉 Découvrez notre modèle de demande (requête) en effacement automatique du fichier TAJ à envoyer au Procureur ou au Magistrat Référent TAJ ;

👉 Découvrez notre modèle de mémoire en appel pour l’effacement du fichier TAJ à envoyer au Président de la Chambre de l’instruction en cas de décision de refus ou d’absence de réponse au bout de 2 mois.

Qu’est-ce que le fichier TAJ ?

Origine et objectif du TAJ

Le TAJ, ou « Traitement des Antécédents Judiciaires », est un traitement automatisé d’antécédents judiciaires mis en œuvre par les forces de l’ordre. Il s’agit d’un fichier informatisé qui regroupe les données concernant les personnes mises en cause dans une affaire judiciaire.

Sa principale mission? Faciliter le travail des forces de l’ordre et des magistrats dans la gestion et la vérification des antécédents judiciaires. La législation encadrant le TAJ, principalement issue du Code de procédure pénale et de textes relatifs à la protection des données personnelles, impose des mesures de protection particulières pour garantir les droits des personnes concernées. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs jugé que l’impossibilité pour certaines personnes de demander l’effacement anticipé de leurs données pouvait constituer une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée.

 

Personnes concernées et motifs d’inscription

Du simple mis en cause au prévenu, de nombreuses personnes peuvent se retrouver dans ce fichier.

Les motifs varient: une garde à vue, une condamnation, ou même une simple audition. Il est important de noter que même en cas de classement sans suite ou de non-lieu, les d’antécédents judiciaires peuvent rester inscrits dans le TAJ.

La garde à vue et l’inscription au TAJ

La garde à vue constitue l’une des principales causes d’inscription au fichier TAJ. Dès qu’un individu est placé en garde à vue dans le cadre d’une procédure pénale, ses informations personnelles et les antécédents liés à l’affaire sont enregistrés dans ce fichier national. Le TAJ, véritable base de données des antécédents judiciaires, recense ainsi toutes les personnes mises en cause, qu’il s’agisse d’une simple audition ou d’une mesure de contrainte plus lourde.

L’inscription au TAJ suite à une garde à vue peut avoir des conséquences importantes sur la vie des individus concernés. En effet, la présence de ces informations dans le fichier peut impacter l’accès à certains emplois, la délivrance de documents officiels ou encore la participation à des procédures administratives. Le Code de procédure pénale encadre strictement les modalités d’inscription et de traitement de ces données, mais il est essentiel de rester vigilant quant à la conservation de ses antécédents judiciaires.

Heureusement, il existe des procédures permettant de demander l’effacement des données inscrites au TAJ, notamment lorsque la cause de l’inscription (comme une garde à vue sans suite) ne justifie plus la conservation de ces informations. Il est donc recommandé de s’informer sur ses droits et de ne pas hésiter à engager une démarche d’effacement si nécessaire.

La durée de conservation des données

Durées selon les types d’infractions

Toutes les données ne sont pas logées à la même enseigne.

Les données concernant la personne mise en cause majeure sont conservées 20 ans.

Par dérogation, elles sont conservées :

  • 5 ans lorsque la personne est mise en cause pour certains délits prévus par le code de la route ainsi que pour certaines contraventions.
  • 40 ans lorsque la personne est mise en cause pour l’une des infractions figurant au tableau 1 ci-dessous.

En cas de mise en cause pour une ou plusieurs nouvelles infractions avant l’expiration de l’une des durées de conservation des données initiales, le délai de conservation restant le plus long s’applique aux données concernant l’ensemble des infractions pour lesquelles la personne a été mise en cause.

La durée de conservation des données à caractère personnel concernant les victimes est au maximum de 15 ans.

Vous trouverez à la fin de cet article les délais de conservation exactes en fonction des infractions.

Le principe de l’effacement automatique

Le critère de l’effacement

Pour qu’une donnée soit effacée automatiquement, un seul critère doit être rempli : la durée de conservation maximale doit être dépassée.

Prenons un exemple : Vous êtes fiché au TAJ car on vous a contrôlé, le 10 août 2010, en état d’ivresse manifeste ou sous l’empire d’un état alcoolique au volant de votre voiture ou encore sous l’emprise de produit stupéfiant au volant. La durée de conservation de cette mention au TAJ est de 5 ans. Nous sommes en 2023. L’effacement automatique de cette mention aurait dû intervenir dès le 11 août 2015 (délai de 5 ans passé).

 

Les délais de suppression automatique

Une fois le délai dépassé, le gestionnaire du fichier TAJ est censé effacer automatiquement les données. Or, en pratique, nous avons constaté que cela n’était jamais réalisé.

Il conviendra donc toujours d’effectuer un recours auprès du gestionnaire du fichier TAJ. À noter que le délai de traitement d’une requête en effacement du TAJ est généralement de deux mois (délai de deux mois), mais aucune sanction n’est prévue en cas de dépassement de ce délai. Vous pouvez utiliser notre modèle de demande en effacement automatique du fichier TAJ ici  👈

Le TAJ dans les enquêtes administratives

Le TAJ occupe une place centrale dans les enquêtes administratives menées par les services de police et de gendarmerie. Lorsqu’une personne postule à un emploi dans la fonction publique ou sollicite une autorisation administrative particulière, les autorités compétentes peuvent consulter le TAJ pour vérifier l’existence d’éventuels antécédents. Cette consultation vise à évaluer la moralité et la fiabilité des personnes mises en cause, et peut influencer l’issue de la procédure.

Les personnes inscrites au TAJ peuvent ainsi se voir refuser l’accès à certains postes ou fonctions sensibles, en raison des informations figurant dans le fichier. Le procureur de la République et le président de la chambre de l’instruction jouent un rôle clé dans la gestion de ces données : ils sont habilités à statuer sur les demandes d’inscription, de consultation ou d’effacement des informations contenues dans le TAJ.

Il est donc crucial, pour toute personne concernée par une enquête administrative, de connaître ses droits et les démarches à suivre pour contester ou faire effacer une inscription au TAJ. Une bonne compréhension de la procédure permet d’anticiper les éventuelles difficultés et de défendre efficacement ses intérêts face aux services de police ou de gendarmerie.

La protection des données personnelles dans le cadre du TAJ

La protection des données personnelles est au cœur du fonctionnement du fichier TAJ. Les informations enregistrées dans ce fichier sont particulièrement sensibles, car elles concernent la vie privée et les antécédents judiciaires des personnes inscrites. Le Code de procédure pénale, ainsi que la loi sur la protection des données personnelles, imposent des règles strictes en matière de collecte, de conservation et de consultation de ces données.

Chaque individu inscrit au TAJ dispose de droits spécifiques : il peut demander l’effacement de ses données, contester une inscription injustifiée ou encore obtenir des conseils auprès d’un avocat spécialisé. La confidentialité et la sécurité des informations sont garanties par la loi, mais il appartient à chacun de veiller au respect de ses droits, notamment en cas de conséquences négatives sur la vie professionnelle ou personnelle.

Pour toute démarche relative à l’inscription ou à l’effacement des données dans le TAJ, il est vivement conseillé de se faire accompagner par un professionnel du droit. Un avocat pourra vous guider dans la procédure, vous informer sur les délais de conservation et vous aider à préserver votre vie privée face aux enjeux du traitement des antécédents judiciaires.

Comment vérifier l’effacement de ses données et demander l’effacement ?

Théoriquement, vous devez vérifier que la ou les mentions figurent encore sur votre fichier TAJ (délai de réponse entre 6 mois et 1 an constaté). Pour effectuer cette recherche d’informations, il convient d’adresser une demande d’accès au fichier TAJ auprès du ministère de l’intérieur, qui est l’autorité compétente pour traiter ce type de requête.

Toutefois, stratégiquement vous pouvez aussi demander directement l’effacement auprès du gestionnaire du fichier TAJ sans vérifier au préalable si vous pensez que la ou les mentions figurent encore sur votre fichier TAJ. Pour demander l’effacement de vos données du fichier TAJ, il faut adresser une requête motivée au Procureur de la République ou au magistrat référent TAJ.

 

Procédures de vérification

Vous doutez que vos données ont été effacées? Vous pouvez effectuer une demande d’accès. C’est votre droit !

Pour savoir si vous êtes fiché au TAJ il faut solliciter le Ministère de l’intérieur.

Vous devrez écrire une lettre recommandée AR que vous enverrez à l’adresse suivante : Ministère de l’Intérieur, Place Beauvau – 75008 PARIS

Vous devrez obligatoirement joindre la copie d’une pièce d’identité (document obligatoire pour authentifier votre demande), parmi les documents suivants :

  • la copie de la carte nationale d’identité ;
  • la copie du passeport ;
  • la copie du titre de séjour (pour les étrangers) ;
  • un extrait d’acte de naissance.

Voici un modèle de courrier à envoyer :

Madame, Monsieur,

Je soussigné(e) Madame/Monsieur [nom et prénom], né(e) le [date de naissance] à [lieu de naissance], sollicite par la présente, auprès de vos services, un droit d’accès au fichier de système de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) police et gendarmerie. Désirant postuler à un emploi [public ou sensible], je souhaiterais connaître la nature exacte des informations contenues dans ce fichier. En vous remerciant de l’attention que vous porterez à ma demande, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

Signature.

 

Vos droits si des mentions figurent encore sur votre TAJ malgré les délais maximum de conservation

Si vos données n’ont pas été effacées après le délai, ne paniquez pas. Il existe un recours : utiliser notre modèle de demande en effacement automatique du fichier TAJ ici  👈

 

Que faire en cas de décision de refus ou d’absence de réponse au bout de 2 mois ?

Vous devrez faire appel devant le Président de la Chambre de l’instruction.

Voici un article qui vous expliquera en détail la procédure :

👉 Découvrez notre modèle de mémoire en appel pour l’effacement du fichier TAJ à envoyer au Président de la Chambre de l’instruction en cas de décision de refus ou absence de réponse au bout de 2 mois.

Conclusion

L’effacement automatique du fichier TAJ est un droit. En pratique, il n’est jamais réalisé automatiquement.

 

FAQs :

  1. Qu’est-ce que le fichier TAJ? Le TAJ est un fichier informatisé regroupant les données judiciaires des personnes mises en cause. Les auteurs de contenus juridiques insistent sur la fiabilité des informations présentées ici, issues de textes légaux et de publications spécialisées.
  2. Puis-je demander la suppression de mes données avant le délai? Oui, sous certaines conditions et en suivant une procédure d’effacement du TAJ.
  3. L’effacement est-il vraiment automatique? En théorie, oui. Mais en pratique non. Il conviendra de vérifier si vous êtes toujours inscrit au TAJ avec le modèle de courrier ci-dessus.
  4. Que faire si mes données n’ont pas été effacées? Vous avez un recours. Vous pouvez consulter un avocat ou envoyer notre modèle de demande prêt à l’usage.
  5. Quelle est la différence entre le casier judiciaire, le bulletin n°2 (n 2) et le fichier TAJ ? Le casier judiciaire recense les condamnations pénales. Le bulletin n°2 (n 2) est un extrait du casier judiciaire, souvent demandé pour des démarches administratives ou professionnelles. Le fichier TAJ, lui, contient des informations sur les personnes mises en cause, même sans condamnation. L’absence de mention au bulletin n°2 ne signifie pas forcément que vous n’êtes pas inscrit au TAJ.
  6. Quel est l’impact d’une inscription au TAJ sur l’obtention de la carte professionnelle d’agent de sécurité ? Les agents de sécurité doivent présenter une moralité irréprochable, vérifiée par la consultation du fichier TAJ lors de la demande ou du renouvellement de la carte professionnelle. Une inscription au TAJ peut entraîner un refus d’agrément, même si le bulletin n°2 du casier judiciaire est vierge.
  7. Quelles sont les conséquences professionnelles d’une inscription au TAJ ? L’inscription au fichier TAJ peut entraîner des blocages importants pour l’accès à certains emplois, notamment dans le secteur de la sécurité. Même avec un casier judiciaire vierge ou un bulletin n°2 sans mention, la présence dans le TAJ peut être un motif de refus d’agrément pour des emplois sensibles.

 

Délais de conservation

 

Tableau 1. – Liste des infractions permettant de conserver 40 ans les données concernant les personnes mises en cause majeures :

Infraction contre les personnes :

– administration de substances nuisibles ;

– détournement de moyen de transport ;

– empoisonnement ;

– enlèvement, séquestration, prise d’otage ;

– exploitation de la mendicité aggravée ou en bande organisée ;

– crime contre l’humanité, génocide ;

– meurtre, assassinat ;

– menace de mort, menace de destruction, dégradation ou détérioration dangereuse pour les personnes ;

– torture, acte de barbarie ;

– violence volontaire ayant entraîné la mort ;

– violence volontaire entraînant une mutilation ou une infirmité permanente ;

– vol avec violences ;

– agression sexuelle ;

– atteinte sexuelle sur mineur de quinze ans, atteinte sexuelle sur mineur de plus de quinze ans aggravée ;

– corruption de mineur ;

– proxénétisme ;

– viol ;

– trafic de stupéfiants ;

– traite des êtres humains.

 

Infractions contre les biens :

– abus de confiance aggravé ;

– destruction, dégradation et détérioration d’un bien appartenant à autrui par l’effet d’une substance explosive,
d’un incendie ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes ;

– escroquerie aggravée ;

– extorsion ;

– vol en bande organisée ;

– vol avec arme ;

– blanchiment ;

– contrefaçon, falsification de monnaies et moyens de paiement ;

– faux en écritures publiques ;

– abus de biens sociaux ;

– délit d’initié ;

– atteinte aux systèmes de traitement automatisé des données.

 

Atteintes à la paix publique :

– acte de terrorisme ;

– association de malfaiteurs ;

– évasion ;

– infraction au régime des armes et munitions à l’exception du port ou transport d’arme de catégorie D ;

– atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ;

– recel de malfaiteurs ;

– violation de secret (professionnel, de fabrique).

 

 

 Tableau 2. – Liste des infractions permettant de conserver 10 ans les données concernant les personnes mises en cause mineures

Infractions contre les personnes :

– exploitation de la mendicité aggravée ou en bande organisée ;

– vol avec violences ;

– violence volontaire aggravée autres que celles prévues au tableau 3 ;

– transport, détention, offre, cession, acquisition ou emploi illicites de stupéfiants ;

– traite des êtres humains autre que celle prévue au tableau 3 ;

– exhibition sexuelle.

 

Infractions contre les biens :

– destruction, dégradation et détérioration d’un bien appartenant à autrui par l’effet d’une substance explosive,
d’un incendie ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes ;

– extorsion ;

– atteinte aux systèmes de traitement automatisé de données ;

– blanchiment ;

– contrefaçon, falsification de monnaies ou moyens de paiement.

 

Atteintes à la paix publique :

Recel de malfaiteurs.

 

 

Tableau 3. – Liste des infractions permettant de conserver 20 ans les données concernant les personnes mises en cause mineures 

Infractions contre les personnes :

– administration de substances nuisibles ;

– détournement de moyen de transport ;

– empoisonnement ;

– enlèvement, séquestration, prise d’otage ;

– crime contre l’humanité, génocide ;

– meurtre, assassinat ;

– torture, acte de barbarie ;

– violence volontaire ayant entraîné la mort ;

– violence volontaire entraînant une mutilation ou une infirmité permanente ;

– vol avec violences aggravé ;

– agression sexuelle ;

– proxénétisme ;

– viol ;

– trafic de stupéfiants autres que ceux visés au tableau 2 ;

– traite des êtres humains en bande organisée ou avec tortures et actes de barbarie.

 

Infractions contre les biens :

– vol en bande organisée ;

– vol avec arme.

 

Atteintes à la paix publique :

– acte de terrorisme ;

– association de malfaiteurs ;

– atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation.

 

Pour en savoir plus :

Mise en ligne : 12 septembre 2023
Mis à jour : 12 janvier 2026

 

Rédacteur : Maître Elias BOURRAN, Avocat au Barreau de Paris et Docteur en Droit.