Obligations Remboursables en Actions (ORA) : tout savoir en 5 min

Comment et pourquoi procéder à une émission d’ORA ? 

Une obligation est un titre de créance sur une société, qui cherche à se financer en empruntant sur le marché financier à plusieurs prêteurs nommés « obligataires ». L’obligation remboursable en actions (ORA) est une obligation. 

La dette de la société, financée par tous ses obligataires, est constatée envers le porteur de l’obligation que la société émet. 

L’obligation est en quelque sorte une reconnaissance de dette de la société. 

Comme toute dette, le montant investi par l’obligataire au moment de souscrire l’obligation a vocation à être remboursé.  

D’ordinaire, ce remboursement est effectué en numéraire (en monnaie) par la société. 

Toutefois, depuis la fin des années 1980, certaines sociétés peuvent émettre des obligations remboursables en actions (ORA) afin d’opérer le remboursement de leur dette sous forme d’actions

Vous souhaitez comprendre l’intérêt de rembourser les obligations en actions plutôt qu’en numéraire ? Cet article est fait pour vous. 

Avocats en droit des affaires, nous pouvons vous accompagner dans vos opérations de financement. 

Qu’est-ce qu’une obligation remboursable en actions ? 

Une obligation remboursable en actions (ORA) est une action qui, à l’échéance fixée au moment de sa souscription, sera remboursée en actions de la société émettrice et non en numéraire. 

Au moment où l’obligataire (le détenteur de l’action) souscrit une ORA, il se rapporte à un contrat d’émission rédigé par les actionnaires de la société. 

Le contrat fixe la durée de vie de l’obligation, ainsi que sa parité de conversion

La parité de conversion indique le nombre d’actions auxquelles la souscription d’une obligation donnera droit au moment du remboursement de la dette de la société.  

Jusqu’à échéance de la dette, l’ORA donne les mêmes droits que toute obligation équivalente à l’obligataire. 

En particulier, elle donne droit au coupon de l’obligation (à des paiements réguliers) si le contrat d’émission le prévoit. 

Bon à savoir : en cas de litiges financiers avec la société, la qualité d’obligataire donne également droit d’être intégré à un groupement rassemblant tous les obligataires dans une personne morale (appelée “masse obligataire”), devant laquelle la société est responsable. 

 

Obligation remboursable en actions : un exemple

Supposons qu’une société émette des ORA pour se financer. Elle veut emprunter 1 million d’euros, et émet 1000 ORA à cette fin. 

Chaque ORA a une valeur nominale de 1000 €. Elle donne droit pendant ses cinq années de durée de vie à des paiements annuels de 50 € (elle a un « coupon » de 50 €). 

Au moment de l’émission, la valeur unitaire des actions de la société est de 100 €. 

Dans le contrat d’émission, étant donnée la valeur nominale de chaque ORA, la parité de conversion est de 1000/100=10 actions par ORA souscrite. 

En effet, au moment de la souscription, une ORA de la société permet d’acheter 10 actions de la société sur le marché financier.

Pendant 5 ans, l’obligataire reçoit des paiements annuels de 50 € (il utilise le “coupon” de l’obligation). Au terme des 5 années, il reçoit en remboursement 10 actions de la société. 

 

Nature juridique d’une ORA 

L’obligation remboursable en actions est d’une certaine manière une action future pour laquelle l’obligataire verse déjà sa contrepartie financière (elle est dite « à libération anticipée »).

En ce sens qu’elle permet d’acquérir à l’avance, et à un prix fixé, une action, l’ORA se rapproche d’une option. 

En effet, l’option est un contrat par lequel une partie achète le droit d’acquérir quand il le souhaitera à l’avenir un titre de la société.  

 

Quelle différence avec les obligations convertibles en actions ? 

Toutefois, comme vous l’aurez compris, la différence entre l’ORA et l’option est qu’une obligation remboursable en actions ne laisse pas le choix au souscripteur (au détenteur du titre) d’acquérir ou non les actions (de « lever l’option »). 

Même si le porteur du titre préfère un remboursement en numéraire, l’ORA sera remboursée en actions

C’est cette faculté d’option qui différencie essentiellement les obligations remboursables en actions (ORA) des obligations convertibles en actions (OCA). 

Bon à savoir : en outre, le remboursement de l’ORA s’effectue à échéance du prêt obligataire, alors que la conversion de l’OCA peut s’effectuer à tout moment. 

Pourquoi recourir à des obligations remboursables en actions ? 

Pourquoi souscrire à des Obligations Remboursables en Actions ? 

Le choix de souscrire à des obligations remboursables en actions n’est pas si évident. 

Plutôt qu’une obligation remboursable en actions, l’investisseur pourrait souscrire directement des actions. 

Plutôt qu’une obligation remboursable en actions, l’investisseur pourrait souscrire une obligation ordinaire. 

 

Des ORA plutôt que des actions 

Un investisseur a principalement intérêt à souscrire à des ORA dans la mesure où leur rendement est plus élevé que celui des actions. 

En effet, l’obligation donne droit à des paiements réguliers et certains pendant sa durée de vie. C’est l’avantage du “coupon” de l’obligation. 

Bon à savoir : la société est tenue à ses paiements et au remboursement de la dette par le contrat d’émission. Ceci vaut pour toutes les obligations, même les obligations subordonnées remboursables en actions

Au contraire, en fonction des résultats de la société sur l’exercice, l’action ne donne pas toujours droit à des dividendes. 

Considérées comme des obligations jusqu’à leur conversion, les ORA bénéficient en outre d’une fiscalité plus avantageuse que ces dernières. 

Bon à savoir : comme ceux des actions, les revenus des obligations sont imposés au titre du prélèvement forfaitaire unique (PFU) tel qu’établi par la loi de finances pour 2018. En revanche, à l’inverse des revenus des actions, les revenus des obligations ne sont pas imposés au titre de l’impôt sur le revenu (IR). 

 

Des ORA plutôt que des obligations ordinaires

Au moment de choisir entre une obligation remboursable en actions ou en numéraire, un autre arbitrage doit être effectué.

Certes, les intérêts réguliers auxquels donne droit l’ORA sont généralement moins élevés que ceux des obligations ordinaires. En effet, les ORA sont émises avec un “taux de coupon” assez faible. 

Toutefois, ce désavantage s’explique parce que le gain espéré à échéance de l’ORA peut être plus grand que celui d’une obligation ordinaire. 

En effet, dans l’hypothèse où le cours des actions promises augmenterait pendant la durée de vie de l’ORA, l’investisseur pourrait faire une plus-value en intégrant dans son portefeuille des titres qui valent plus que l’emprunt obligataire qu’il a accordé. 

 

Que risque l’investisseur ? 

Inversement, l’investisseur lorsqu’il souscrit à des ORA s’expose à un risque de moins-value dans l’hypothèse où la valeur de marché des actions promises diminuerait pendant la durée de vie de l’obligation. 

En reprenant notre exemple ci-dessus, supposons qu’au bout de 5 années, le marché n’apprécie plus les actions de la société qu’à une valeur de 50 € au lieu de 100 (en raison de mauvais résultats sur les cinq années par exemple). 

Dans ce cas, à échéance de l’ORA, la valeur de l’investissement de l’obligataire chute à 10 actions x 50 € = 500 €, alors qu’il a prêté 1000 € à la société 5 ans auparavant. 

En corrigeant ses gains finaux de la valeur des 5 coupons (5 x 50 € = 250 €), l’investisseur a perdu 1000€ – 750€ = 250 € dans l’opération de prêt obligataire. 

En d’autres termes, en raison de la valeur fluctuante des actions, l’investisseur avec des ORA s’expose au risque de se trouver à échéance détenteur d’actions dont la valeur est inférieure à la somme prêtée à la société

Dans notre exemple, la valeur des actions est moitié moindre que celle du prêt obligataire initial. 

Vous l’aurez compris, pour l’investisseur, souscrire à une obligation remboursable en actions est un pari sur l’évolution du cours des actions de la société.  

Ce pari est d’autant plus risqué que la durée de vie de l’ORA est grande (et que son coupon est faible). 

 

Pourquoi émettre des Obligations Remboursables en Actions ?

S’agissant de l’entreprise, l’ORA est un moyen de se financer à moindre coût et à moindre risque. 

Comme indiqué plus haut, les coupons (les paiements réguliers) payés aux porteurs d’ORA sont plus faibles que ceux des obligations ordinaires. 

Le coût de l’emprunt pour la société est donc moins élevé par émission d’ORA que par émission d’obligations remboursables en numéraire. 

En outre, avec les ORA, la société finance son endettement à moindre risque de défaut, dès lors qu’elle n’a pas à rembourser en numéraire le principal de l’emprunt. 

Bon à savoir : le principal désigne le montant emprunté et non remboursé de la dette. Dans le cas des ORA, c’est la valeur nominale de l’action : 1000 € dans notre exemple. 

En effet, le principal de l’ORA est remboursé en actions, ce qui n’implique pas de décaissements de trésorerie pour la société. 

Enfin, par la conversion de l’obligataire en actionnaire à échéance de l’ORA, la société a l’opportunité d’élargir son actionnariat, c’est-à-dire d’augmenter ses fonds propres

Bon à savoir : comme pour les OCA, les écritures comptables reflètent l’augmentation en capital qui procède de l’émission d’obligations remboursables en actions. Leur comptabilisation commence dans le compte « Emprunts obligataires convertibles », avant d’être transférée au compte « Capital » à échéance de l’ORA.  

 

Des ORA plutôt que des OCA 

Pour l’essentiel, comme vous l’aurez remarqué, ces avantages sont les mêmes que ceux retirés par la société à l’émission d’obligations convertibles en actions (OCA). 

Toutefois, les OCA offrent en général la faculté à l’obligataire qui les détient d’obtenir des actions quand il le souhaite. 

C’est un contrôle supplémentaire qui échappe à la société lorsqu’elle émet des OCA, introduisant un risque de dilution des parts des actionnaires dans le capital. 

Comment émettre des obligations remboursables en actions ? 

Quelles sociétés peuvent émettre des ORA ? 

S’agissant de l’émission d’obligations, le législateur a eu le souci de s’assurer de la solvabilité des sociétés émettrices. 

Seules les sociétés susceptibles de rembourser leurs dettes sont autorisées à émettre des obligations : 

  • les sociétés par actions (SA, SAS, SCA) justifiant de deux comptes réguliers et de capitaux disponibles (« libérés ») ;
  • certaines sociétés à responsabilité limitée, justifiant de trois comptes réguliers et d’un commissaire aux comptes dûment habilité. 

Notez enfin que pour émettre des obligations ouvrant au capital de la société comme les ORA, la société doit obtenir l’accord de l’Assemblée Générale Extraordinaire (AGE) des associés d’entreprise

 

Quelles actions émettre ? 

Compte tenu de la finalité de l’émission d’ORA, la société ne peut pas s’endetter au-delà de la valeur nominale de ses capitaux. 

Les actions remises aux obligataires ne peuvent pas avoir une valeur nominale plus élevée que la valeur d’une obligation.  

Bon à savoir : la valeur nominale des parts, inscrite dans les statuts de la société, diffère de leur valeur de marché, dite “valeur vénale”. 

Dans les conditions de forme sociale énoncées ci-dessus, la société peut également offrir les titres d’une de ses filiales cotées en bourse pour financer sa dette. 

En pratique, la société a alors deux options

  • Réserver une part du capital social dans un compte en banque de la société qui sera ouvert à échéance de l’obligation ;
  • Procéder à une augmentation de capital et émettre de nouvelles actions. 

Mise en ligne : 2 juillet 2021

Rédaction : Charles DELIE, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Sous la direction de Maître Élias BOURRAN, Avocat au Barreau de Paris et Docteur en Droit.

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